L’ ADN pourrait bien relancer l’affaire Omar Raddad

Des traces d’ ADN de 4 hommes ont été retrouvées lors de nouvelles expertises. Aucune ne correspond à Omar Raddad.

L’ ADN va-t-elle créer un nouveau rebondissement dans l’affaire Omar Raddad ? 25 ans après le meurtre de Ghislaine Marchal, de nouvelles expertises montrent en effet, l’absence de l’ ADN d’Omar Raddad sur des éléments de la scène de crime.

Des analyses d’ ADN avaient déjà été effectuées en 2001 dans le cadre d’une demande de révision du procès. Les portes sur lesquels sont écrites la désormais célèbre inscription « Omar m’a tuer » (dont une partielle) et un chevron de bois maculé de sang avait été analysés. Des traces de plusieurs ADN avaient été déjà trouvé il y a 15 ans. Et déjà à cette époque, aucunes traces de l’ ADN d’Omar Raddad.

ADN

Modélisation de l’ ADN. Crédit : Thorwald

Mais cet argument n’avait pas suffit à convaincre les juges de rouvrir l’enquête, ceux-ci justifiant en 2002 que ces ADN aient pu être laissés avant ou après l’assassinant. En 2011, de nouvelles analyses sont réalisées sur ces mêmes prélèvements mais ceux-ci se révèlent insuffisant pour avancer.

L’avocate d’Omar Raddad demande alors que de nouveaux prélèvements soient effectués. Mais ceci est sans succès. Or en 2014, à la faveur d’une modification de loi rendant plus facile les demandes de révision de procès, l’avocate obtient enfin la réalisation de nouveaux prélèvements.

  • Une possible correspondance avec l’ADN d’un homme déjà fiché

Le laboratoire de Nantes qui a examiné ces prélèvements d’ADN vient de donner ses conclusions. Ont été retrouvés 2 ADN clairement exploitables et 2 partiellement. Il s’agit de l’ADN de 4 hommes, mais pas de celui d’Omar Raddad.

Ni d’ailleurs à ceux des potentiels suspects auxquels l’avocate du jardinier voulait qu’ils soient comparés. L’avocate avait aussi demandé que ces 4 ADN soient recoupés avec celui des proches de Mme Marchal mais ceci n’a pas encore été effectué.

Pour aller plus loin, l’ADN a été comparé avec le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Et justement, il se pourrait qu’au moins une correspondance ait été trouvée ! Le procureur de Nice s’apprête à demander l’arrestation d’un homme pour procéder à des analyses complémentaires. Mais pour le moment, les nouvelles s’arrêtent là, ce qui commence à inquièter l’avocate d’Omar Raddad

Reste que l’argument des juges en 2002 pourrait encore être valable sur ces nouveaux prélèvements. Depuis 25 ans, les pièces à conviction sur lesquels les prélèvements ont été effectués ont été manipulés de nombreuses fois, ce qui pourrait rendre caduque tout résultat.

De l’ ADN exploitable dans l’affaire Omar Raddad

De nouveaux prélèvements ont permis de retrouver des traces d’ ADN exploitables sur les lieux du meurtre. Un espoir pour Omar Raddad de prouver l’innocence qu’il a toujours clamée.

Jeudi 5 novembre 2015, le parquet de Nice a annoncé que des traces d’ADN qualifiées d’exploitables ont été retrouvées sur les lieux du meurtre de Mme Marshall retrouvé assassinée dans la cave de sa villa en 1991 où travaillait alors Omar Raddad comme jardinier.

Le parquet de Nice précise que ces traces d’ADN n’ont pas encore été exploitées. Mais elles le seront dans un avenir proche. Il tempère également cette nouvelle en déclarant qu’il convient de rester extrêmement prudent. Notamment quant aux identités des personnes qui pourront être révélées à l’issu des résultats de ces tests ADN.

Ces traces d’ADN ont été retrouvées suite à de nouvelles analyses sur les portes où ont été retrouvées les célèbres inscriptions « Omar m’a tuer ». Sylvie Noachovitch, l’avocat d’Omar Raddad, a fait valoir la loi du 20 juin 2014. Celle-ci assouplie les règles pour obtenir la révision d’un procès afin d’obtenir la réalisation de nouveaux prélèvements.

  • Un nouvel espoir pour Omar Raddad

traces ADN retrouvées dans l'affaire Omar Raddad

Omar Raddad en 2011
Crédit : Yann Caradec

Omar Raddad avait été condamné en 1994 à 18 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Ghislaine Marshall, ce qui apparu pour beaucoup comme une erreur judiciaire étant donné la faiblesses des charges et des preuves contre le jardinier.

Omar Raddad bénéficia d’une grâce présidentielle en 1998. Il est libre depuis cette date mais est toujours officiellement coupable de l’assassinat de son ancienne patronne alors qu’il n’a cessé de clamer son innocence. Il poursuit un long combat pour que soit enfin prouvée et reconnue son innocence dans ce dossier. Les espoirs qu’il fonde dans cette analyse des nouvelles traces d’ADN sont grands.

En 2002, des traces ADN qui n’étaient pas celles d’Omar Raddad avaient déjà été retrouvées sur les lieux du crime. Mais la Justice avait refusé d’envisager une révision de la culpabilité de l’ancien jardinier. Elle justifiait sa décision par le fait qu’il était impossible de déterminer quand ces traces ADN avaient été déposées sur les lieux.

Innocence project en France contre les erreurs judiciaires

Vendredi 11 janvier a été lancée la branche française d’innocence project.  Il s’agit d’une ONG américaine créée il y a 20 ans et qui a déjà permis de rectifier 300 erreurs judiciaires.

Sylvain Cormier et François Saint-Pierre sont à l’initiative de la création de la branche française d’ innocence project. Il s’agit d’une association regroupant entre autres avocats, détectives, policiers, étudiants en droit.

Avec seulement 8 erreurs officiellement établies en ce qui concerne les jugements de cours d’assise depuis 1945 à l’heure où nous écrivons ces lignes (dont la dernière en date est celles de Marc Machin), la justice française a visiblement du mal à reconnaitre ses torts. Les 2 avocats lyonnais à l’origine de la branche française partagent le même constat.

logo innocence project

Logo d’innocence project

L’organisation se replongera dans les dossiers criminels pour lesquels un doute aura pu être identifié. Elle tachera d’apporter des éléments nouveaux (par exemple des analyses ADN) permettant d’engager une procédure de révision. Elle travaillera dans l’espoir que des erreurs judiciaires soient reconnues. Notamment dans le cas où des innocents auraient pu être condamnés à tort.

En effet, comme le stipule l’article 622 du code de procédure pénale, La révision d’une décision pénale définitive peut être demandée […] lorsque […] vient à se produire ou à se révéler un fait nouveau ou un élément inconnu de la juridiction au jour du procès, de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné.

La branche américaine de l’association innocence project s’est déjà illustré à de maintes reprises outre atlantique. Principalement par ses succès dans des affaires criminelles en y apportant des éléments nouveaux qui ont conduits à la révision des jugements rendus. Des innocents, parfois emprisonnés depuis de nombreuses années, ont ainsi pu recouvrer la liberté qu’ils n’auraient jamais du perdre.

Le but final de la branche française de l’association est bien sur le même que celui de la branche américaine. Que des personnes condamnées à tort soient rejugées et soit finalement innocentés !